vendredi 04 janvier 2019

(Anthologie permanente) Charles Racine

 

Les Carnets d’Eucharis viennent de publier un numéro spécial « Charles Racine, dans la nuit du papier ».
Poezibao donne quelques extraits de textes de l’écrivain
et propose simultanément une note de lecture de la revue, signée Isabelle Baladine Howald.


Poésie tu donnes lieu à la rescision
Tu l'accomplis cet acte
Que ne me reste-t-il quelque mieCompensé Femme 4 Cm Baskets Talon Plateforme Street Fleurs B07kltz87g AngkorlyChaussure Mode Bowling Brillant Strass OvNym8nw0
sur la page Poésie tu es pulpe
jusqu'à même les contours de ton corps
présence tranchante d’avoisinage
du corps médiatif
qu'elle assume d'ailleurs incorpore
Non que ne me reste-t-il quelque mie sur la page
sinon que rapatriant qui ne vient
dans mes poches
le crayon se déploie dans l'hypnose sèche
moi au bas de ses moyens
du bas de ses moyens regardant vers le stylite
Je ne suis que cette girouette
qui parfois déploie un bras
qui l'attrape à la nuque qui ne laisse rien.

Charles Racine, Légende posthume, Grèges, 2013, p.74, cité in Les Carnets D’Eucharis, édition spéciale, « Charles Racine, Dans la nuit du papier », p. 31



Lorsque je viens
les cailloux craquent
sous mon pas
mes mains cherchent
ton endroit sur la pierre
ami où es-tu ami sous la pierre

le silence des fleurs blanches est-ce ta voix
le murmure de la feuille ta joie de me voir
est-ce la plume qui court
sur les ombres les feuilles couchées dans les fleurs
les mots que tu laisses

le souffle chaud qui s'appuie à mes jambes
est-ce la caresse d'une vie
les larmes qui baignent la fleur
est-ce l'ivresse de ces lieux
est-ce le long de ta mort
que s'incline ton ami

1953

Extrait de « Le Sujet est la clairière de son corps », in Légende Posthume, Éditions Grèges, 2013, p.21.


[AUTOBIOGRAPHIE]

Étant corps éclairé du sujet qui en est la clairière, corps abrégé qui danse à la lueur du sujet, eau versée corps versé dont le sujet est la clairière

L'eau me dompte me singe La nuit-le corps s'empare d'une corde dont elle joue Et l'heure tôt apparue Clairière de l'eau versée, du corps versé

Ériger la formule Stature de l'homme

Ainsi la nuit-le corps emportée par une lueur qui me révèleVoyage Et B008biprro Daim CouleurVert Bijoux TailleU En Cuir hdCxQtrBso

Tout règne et songe La lettre pleure ailleurs parfois pleure sous une horloge, vacance du temps qui lui serait sujet, dont elle serait sujette ?

Le sujet se penche sur la vitre, d'où résulte un regard
Mourante qu'à travers un regard versé le chant me désigne

Extrait de « Rochepluie » in Le Sujet est la clairière de son corps, Légende Posthume, Éditions Grèges, 2013, p.189.
Ces deux textes sont cités par Les Carnets d’Eucharis, p.39

*

Sans cause je travaille — une rivière tranquille et subitement
la houle qui la grossit, emportant la vie et ses papiers de la berge,
prière auprès de la voirie toute-puissante —
quand la tristesse m'accable je traduis Hölderlin,
quand le sang émet sa fatigue, je traduis.

Pilotis, piquets, forêt de lances vers le ciel,
affirmations surgissant du sujet de la syncope.
Rien n'est moins lointain du voyage à travers lequel j'entrepris de me quitter.

1966/67

Extrait de « Ce qu'a tramé le pas », in Y a-t-il lieu d’écrire ?, Éditions Grèges, 2015, p.215, cité par Les Carnets d’Eucharis, p. 60.

Dans Poezibao on peut lire cette note : (note de lecture) Charles Racine, Y a-t-il lieu d'écrire", Œuvres II, par René Noël

Sur la revue :
Charles Racine : Dans la nuit du papier, numéro hors-série des Carnets d’Eucharis (2018) est une première monographie consacrée au poète suisse Charles Racine (1927-1995). Pour Nathalie Riera, Directrice de la revue, à l’initiative de cette publication, cet hommage monographique a été rendu possible grâce au concours de ceux qui ont été proches du poète, mais aussi de ceux qui ont pressenti une œuvre à venir.
Même si les signes de reconnaissance ont été nombreux, le nom de Charles Racine est resté dans l’ombre durant les années 1980/1990. Il faudra attendre 1998, trois ans après la disparition du poète, pour la parution de Ciel étonné (Éditions Fourbis), avec les préfaces de Jacques Dupin et de Martine Broda. Puis récemment, de 2013 à 2017, la publication des trois volumes des œuvres (presque) complètes aux éditions Grèges, avec les préfaces de Yves Peyré et de Jean Daive.
Toute la vie de Charles Racine sera une vie d’exil entre Zurich et Paris. Ses liens à Paris avec les poètes seront nombreux : Yves Bonnefoy et André du Bouchet le publieront dans la revue L’Éphémère (1967), André Dalmas dans Le Nouveau Commerce, Claude Esteban dans Argile et Michel Deguy dans Po&sie. Jacques Dupin l’introduira dans sa collection chez Maeght avec la publication en 1975 du recueil Le Sujet est la clairière de son corps (illustré par des gravures d’Eduardo Chillida).
A5981108 A Guess Marciano Jupes 12 Jupe FleursVêtements N08OkXnwPConçu sous forme de triptyque, Charles Racine : Dans la nuit du papier rassemble tous les textes publiés dans les numéros annuels des Carnets d’Eucharis des éditions 2016 et 2017, augmenté en 2018 de documents inédits, dont un long et passionnant entretien que Gudrun Racine (l’épouse du poète, dépositaire des Archives Charles Racine à Zurich) a bien voulu accorder à Alain Fabre-Catalan et qui, placé sous le signe de « À la rencontre de Charles Racine », est un document de toute importance, à dessein de nous éclairer autant sur la vie que sur l’œuvre de Charles Racine.
La coordination de cette édition spéciale assortie d’un cahier visuel en quadrichromie est assurée par le poète Alain Fabre-Catalan.
Des textes, des poèmes, des lettres, des notes, des manuscrits, des entretiens et des témoignages ont aidé à la réalisation de cet ouvrage exceptionnel diffusé en France et en Suisse.

Les Carnets d’Eucharis, édition spéciale « Charles Racine dans la nuit du papier », 2018, 104 pages (dont un Cahier visuel de 8 pages),26 € (frais de port compris) – pour commande la revue.

Rédigé par le vendredi 04 janvier 2019 à 15h23 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)

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Balises: "Les Carnets d'Eucharis", Charles Racine, Isabelle Baladine Howald

mercredi 02 janvier 2019

(Anthologie permanente) Volker Braun, Poèmes choisis


La collection Poésie/Gallimard publie une sélection de poèmes du poète allemand Volker Braun, choisis et traduits par Alain Lance et Jean-Paul Barbe.
Cette version n’est pas bilingue mais Poezibao propose ici trois poèmes et leur version originale.


Essentiellement poète, mais aussi romancier et dramaturge collaborateur du Berliner Ensemble, Volker Braun est né en 1939 à Dresde. Sa vie et son œuvre sont étroitement liées à l'histoire de la RDA dont il fut sans doute un des poètes les plus emblématiques malgré sa prise de distance critique très précoce avec les dérives du système bureaucratique qui trahissaient les principes initiaux. Dissident de l'intérieur en quelque sorte, surveillé par la Stasi, il développe une poésie intempestive, dans la tradition d'un Heine ou d'un Brecht, caractérisée par l'usage constant de l'ironie comme instrument d'analyse, virtuose et complexe dans ses formes. On y entend certes un désenchantement mais sans renoncement ni désengagement, le poète continuant jusqu'à aujourd'hui à réfléchir aux raisons de l'échec de la RDA comme aux impasses du modèle capitaliste occidental.


WALTER BENJAMIN DANS LES PYRÉNÉES

S'enfoncer calmement dans le mur de brouillard.
Les bras rament repliés mais régulièrement.
Selon les indications du papier au-dessus du précipice
L'explosif dans la sacoche
Le présent
Pas à pas, comme le hasard
Offre au pied un mince point d'appui
Dans le matériau. Chère Madame, le vrai risque
Serait de ne pas partir.
D'après la montre / une halte au bout de cinq lignes.
Des champs où ne pousse que la folie.
Progressant, hache plantée en tête
Je n'ai rien à dire. A montrer seulement.
Dans le plus petit segment précisément découpé.
Sans regarder à gauche ou à droite vers
L'horreur
J'y arriverai en suivant la méthode.
La vigne ruisselle, dévale à la verticale
Pleine de grappes sombres sucrées presque mûres.
Le plus important, c'est la sacoche ! Le corps entre les cepsVoyage Et B008biprro Daim CouleurVert Bijoux TailleU En Cuir hdCxQtrBso
Respiration difficile, le cœur
Lutte, le moment critique :
Quand le statu quo risque de durer.
Squelette sous moi au-dessus de moi les vautours.
Plus courtes enjambées, pauses plus longues.
Ma patience me rend indépassable.
Hisser les voiles des concepts. Chère Madame,
Puis-je me servir ? Au sommet
Soudain comme prévu la violence

Du coup d'œil. Bleu profond des mers :
D'un seul coup j'en vois deux. Côtes de cinabre.
Sous les falaises, la liberté
...

À Port-Bou on ne passe pas. Mais nous les apatrides
Avons la dose mortelle
Voudriez-vous garder la sacoche — sur nous.

Sans doute pensa-t-il ne pas pouvoir faire une nouvelle ascension. Au matin les douaniers ont trouvé le cadavre dans mon texte. La construction suppose la destruction. La lourde sacoche de cuir, échappée à la Gestapo, UNOS PAPELES MAS DE CONTENIDO DESCONOCIDO, a été perdue. Trop rapide, le trait final, monsieur, à votre vie. La vie, si je puis dire, porte l'oeuvre sur cette pente abrupte.


Dans chaque œuvre on trouve cet endroit où le vent frais nous souffle au visage, comme l'aube qui vient.


BENJAMIN IN DEN PYRENÄEN
Ruhig schreiten in die Nebelwand.
Die Arme rudern eckig, aber gleichmäßig.
Exakt nach dem Papier über dem Abgrund.
In der Aktentasche Ekrasit, d.i.
Die Gegenwart

Schritt vor Schritt, wie der Zufall
Dem Fuße einen schmalen Stützpunkt bietet
Im Material. Gnädige Frau, Nichtgehn
Wäre das eingentliche Risiko.
Nach der Uhr / nach fünf Zeilen rastend.

Felder, auf denen nur der Wahnsinn wuchert.
Vordringen mit der Axt im Kopf
Ich habe nichts zu sagen. Nur zu zeigen.
Im kleinsten scharf umschnittenen Segment.
Ohne nach rechts und links zu sehen ins
Grauen

Nach der Methode werde ich es schaffen.
Der Weinberg rieselt, rutscht in die Senkrechte
Voll von fast reifen süßen dunklen Trauben.
Die Tasche ist das allerwichtigste! der Leib zwischen
    Rebstöcken
Schwer atmend, das Herz
Kämpft, der kritische Augenblick:
wenn der Status quo zu dauern droht.
Skelette unter über mir Aasgeier.
Kürzere Schritte, längere Pausen.

Meine Geduld macht mich unüberwindlich.
Die Segel der Begriffe setzen. Gnädigste
Darf ich mich bedienen? Auf dem Gipfel
Plötzlich wie erwartet die Gewalt

Des Ausblicks. Tiefblaue Meere:
Auf einmal seh ich zwei. Zinnoberküsten.
Unter den Klippen Freiheit.


Kein Durchlaß in Port Bou. Wir Apatriden
Haben aber die tödliche Dosis
Würden Sie die Tasche halten, bei uns.

Er dachte vermutlich, den Aufstieg nicht noch einmal zu
schaffen. Am Morgen fanden die Grenzbeamten den
Leichnam in meinem Text. Die Konstruktion setzt De-
struktion voraus. Die schwere Ledertasche, gerettet vor
dem Zugriff der Gestapo, UNOS PAPELAS MAS DE
CONTENIDO DESCONOCIDO, ging verloren.
Zu rasch
der Schlußstrich, Herr, in Ihr Leben. Das Leben trägt das
Werk, wenn ich das sagen darf, an diesem Steilhang.
In jedem Werk gibt es die Stelle, an der es uns kühl anweht
wie die kommende Frühe

© Suhrkamp Verlag, Lustgarten,  Suhrkamp Verlag, 1996

/

ULTIMATUM À L'ÎLOT PERSIL
Quelques phrases dictées
À cet îlot sans défense... C'est quoi, ces traces ?
Du sel et des pieds indéfinisVoyage Et B008biprro Daim CouleurVert Bijoux TailleU En Cuir hdCxQtrBso
Taillis, respiration impénétrable.
Falaises, ne relevant d'aucune puissance.
Et bancs de poissons tournant casaque.
Qu'y a-t-il à l'intérieur ? Déserts ? Mugissements
Traces de vie (les inspecteurs les trouveront).
Ces gestes nus et dissimulés, du pétrole en sommeil
Le désordre. Personne pour diriger la mer :
Saleté et entêtement, le séparatisme des sentiments.
Les patrouilles interceptent les bateaux qui coulent.
Que chuchote-t-on, un secret, YAKUZA, JACUZZI
Cela appelle des représailles.
Ces pensées, si mobiles, qui visent au plus simple
Un rivage à personne... Comment d'ailleurs
Peut-il rester là, étendu dans la mer remontée
Un blanc indépendant. Rends-toi, petite île
Laisse tomber tes réfugiés, tes chèvres chétives
Accepte l'ordre
Arrache ton persil
Et accueille les cavaliers blindés


ULTIMATUM AN DIE PETERSILIENINSEL
Diesem wehrlosen Eiland
Ein paar Sätze diktiert... Was sind das für Spuren
Salz und undefinierte Füße
Dickichte, atmend, undurchdringlich.
Klippen, keiner Macht zugesprochen.
Und Fischschwärme, welche die Seiten wechseln.
Was ist das im Innern? Wüsten? Getöse
Anzeichen von Leben (die Inspektoren werden es finden).
Diese nackten verborgnen Gebärden, schlummerndes Öl
Ungeregelte Zustände. Dirigiert denn keiner das Meer:
Schmutz und Eigensinn, der Separatismus deiner Gefühle.
Die Patrouillen greifen die sinkenden Boote auf.
Was flüstert man, ein Geheimnis, YAKUZA, JACUZZI
Das fordert Vergeltungsmaßnahmen heraus.
Diese leichtbewegten, Gedanken ans Einfachste
Ein Gestade ohne Besitz... Wie liegt es
Überhaupt da in der scharfen See
Ein unabhängiges Weiß. Ergib dich, Inselchen
Voyage Et B008biprro Daim CouleurVert Bijoux TailleU En Cuir hdCxQtrBsoSchüttle die Flüchtlinge ab, die schmächtigen Ziegen
Erkenne die Ordnung an
Reiße deine Petersilie aus
                        Und empfange die Panzerreiter.

/

THÉÂTRE DE VERDURE EN AUTOMNE
L'art est parti. La nature qui prend froid
Boucle la saison. Et tous les décors
Lui appartiennent, élimés de surcroît.
La brume entre en scène. Elle recourt encore
Aux vieux procédés du drame classique.
Vols de corneilles : des divas par douzaines.
Soleil fauve pour l'éclairage scénique.
Non qu'il rechigne aux ultimes travaux :
Le feuillage flamboie de toutes ses veines
Puis le premier givre réclame des bravos.

(Rheinsberg)

HECKENTHEATER IM HERBST
Fort ist die Kunst. Die fröstelnde Natur
Spielt die Saison zuende. Die Kulissen
Gehören ihr und sind zudem zerschlissen.
Auftritt der Nebel. Das bedeutet nur
Sie setzt die Mittel ein, die immer liefen.
Die falbe Sonne ist das Arbeitslicht.
Und Krähenschwärme wie zwei Dutzend Diven.
Nicht daß es ihr an letzter Kraft gebricht:
Noch einmal ist das Laub illuminiert

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Bevor der erste Reif nach Beifall giert.

Volker Braun, Poèmes choisis, traduit de l'allemand par Jean-Paul Barbe et Alain Lance. Édition et préface d'Alain Lance, ollection Poésie/Gallimard (n° 536), Gallimard, 2018, 192 p., 8,30€, pp. 61/62, 131 et 143.
Fiche du livre sur le site de l’éditeur ;
Une note de lecture de la revue En attendant Nadeau.

Volker Braun dans Poezibao :
extrait 1, extrait 2, extrait 3, Phrase sans fond (parution), extraits 4, extrait 5, rencontre avec le poète, ext. 6, ext. 7, [anthologie permanente] & [Carte Blanche] Bertolt Brecht & Volker Braun, (anthologie permanente) Volker Braun sur la mort de Mohamed Ali/Cassius Clay, (Note de lecture), Volker Braun, Poèmes choisis, par Claude Adelen


Rédigé par le mercredi 02 janvier 2019 à 10h13 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)

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Balises: Alain Lance, Jean-Paul Barbe, poésie allemande, Poésie/Gallimard, RDA, Volker Braun

lundi 31 décembre 2018

(Anthologie permanente) Marc Blanchet, valses & enterrements

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Marc Blanchet a publié récemment deux livres, un essai, Souffle de Beckett et des « proses fantasmatiques », valses & enterrements, tous deux à La Lettre volée.
Poezibao propose ici un des chapitres de valses & enterrements, accompagné d’une note de lecture de Michaël Bishop.





Je fis un pas ; elle accepta la danse. Sans avoir reçu de réponse, même un battement de cil, j'étais devenu son cavalier. La rapidité de ce consentement nous porta au-delà de l'heure. On devina dans l'assistance je ne sais quel tremblement à venir. Il advint. J'en éprouve le souvenir par mes mains moites, appliquées à raconter le corps de Grenade collé au mien.
À quelle époque cela se passa-t-il ? Je ne sais plus, et je dois, à ma manière, éloigner toute date, en divorcer comme d'une épouse rétive. Je me souviens du gris indécis des pénombres, d'appartements où l'on passe des journées à rêver de soi. Pas de cloche pour frapper le silence de ses gouttes saintes ; juste, dans le creux des mains, ce souvenir qui n'en finit pas d'être écrit : la belle Grenade dont on eût aimé dire que ses cheveux étaient de couleur rouge sang.
De cela, je ne me souviens pas. Métisse ? Esclave ? Rebelle ? Vous vous trompez. Cela n'eut pas lieu dans une cour couronnée. Ce fut dans un humble endroit où le piano s'étalait en résonances. Il y eut cette assistance qui vit nos gestes n'en faire qu'un. Plus nous tournions, plus Grenade avait affaire avec le ciel. Il y avait de la majesté dans cette ascension, également une manière très à elle de percer la figure en trompe-l'œil du temps. Grenade sut apprivoiser au-dessus de nos visages l'harmonie du monde. En sa compagnie, j'entrevoyais, redoutais, l'instant ô combien mesurable où les choses se séparent.
Je dis choses : le mot corps n'est plus à convier — ce serait en dire trop ou pas assez. On veut arpenter l'espace ; on invente une parole qui a les vertus d'un mètre. On l'assouplit pour qu'elle supporte nos intimes vérités ; rien n'y fait : l'élasticité du monde ne nous est pas donnée. Vous voilà veuf, ce n'est plus l'époque qui est devenue indésirable ; c'est l'ombre qui vous portait, le corps qui soutenait, l'esprit qui colportait. Dans votre vie, un chapitre s'écrit : une suite d'égarements, ou l'impossibilité de convoquer un souvenir sans bredouiller. Grenade était apparue. Elle avait joint son geste au mien, la parole à l'absence de parole, et nous dansions, messieurs-dames, nous dansions.
Quelle danse ? Doit-on la nommer ? Je vous l'ai dit : nous dansions, dansions, et vrillant sans la moindre monotonie Grenade perçait le ciel où — en avait-elle quelque certitude ? — sa mort l'attendait. Aussi m'est-il arrivé de me demander si un corps n'est pas le regard solide de la mort, sa forme de pesanteur parmi nous, là : tombé du ciel — ou d'ailleurs.
Oui, tout corps est une projection solide émanant du regard de la mort. Il vit sa vie, tantôt belle, tantôt morne. Comme si des pieds à la tête, nous n'étions que l'émanation d'un regard, d'un point de vue, d'un coup d'œil. Là, par exemple — et je m'en veux d'être en matière de mort le seul exemple — assis devant le luisant clavier des mots, tout en angles, dos droit et jambes pliées, ne suis-je pas projeté sur l'écran de la terre comme une image mouvante, appliquée à cette heure à écrire, et dont la tête sérieuse coule délicatement de l'œil de la mort ? Ensuite, ignoble vérité, je mourrais quand le regard fixe de la mort d'un coup sec se refermera. Clic clac. Adieu ma vie, et pas moyen, à moins d'être pourvu d'une âme, pour vérifier cette effrayante théorie.
Pas de tels encombrements dans le corps de Grenade ! Ni brune ni blonde, mademoiselle dansait, et le ferait encore si... D'où vient cette façon si particulière des femmes de mourir ? Elles ne cessent de fasciner en se tenant droites comme des statues ; on leur attribue toutes les paroles possibles au croisement de l'ombre et de la lumière ; soudain ce grand silence : on ne peut plus compter que sur nos larmes. N'avais-je pas été charmant avec elle ? Même étreinte, Grenade demeurait à l'envers de tout déchiffrement. Chacun son mystère. En creusant le ciel d'une tête ambitieuse, sans ne rien perdre au passage de sa grâce ni de ce léger rire d'où les mots poliment s'excluent, elle en vint à mourir.
C'est vrai : je ne fus jamais autre chose que l'élu préposé à l'étourdissement de ses hanches. Elle me désirait pour cela. Qui n'aurait pas aimé y prétendre ? Nous arrivions des grandes villes, les uns par le chemin de fer, les autres par des véhicules des plus divers ou ayant marché jour et nuit pour se présenter à l'heure pile où Grenade, le pied en pointe, la main en éventail, ouvrait le bal.
Étrange composition humaine, où se glissait un peu du vert des feuillages de ce château que le temps a depuis recouvert d'un voile. Élancée en elle-même, Grenade approchait l'art de la statuaire sans s'y enferrer. Qu'était-ce alors ? Une valse ? Un tango ? Messieurs-dames, cela se passe de nom. Je ne dis pas que cela n'en a pas, qu'il n'y ait pas d'intérêt à en prononcer : comment pourrais-je prétendre à pareils refus ? Mais vous n'y étiez pas à ce bal ouvert sur un parterre de fleurs excessives. Oh je ne suis pas accrédité à être le seul mémorialiste de ces soirées. J'ai toutefois vu la créature en mourir. À force de frapper à la porte du ciel, un jour elle s'ouvre. C'est l'Enfer qui en descend.
Toc toc, fit donc Grenade. Elle venait d'enchanter l'assistance ; chacun était mort à sa façon. La politesse fait que nous restions à ses côtés. Lors d'une telle pâmoison, la mort se satisfait des apparences. Toc toc. La porte s'ouvrit — l'œil se referma. Simultanément. Je vous ai raconté comment à peine en face l'un de l'autre s'inviter fut danser. Eh bien là, sachez-le : entre ces deux protagonistes, ce fut le même type d'aventure. La mort ferma son œil au même instant où Grenade fermait les siens. Il devait bien être minuit quand je me retrouvai avec un cadavre sur les bras.


Marc Blanchet, Valses & enterrements. La Lettre volée, 2018, 104 p., 17€. Fiche du livre sur le site de l’éditeur.


Rédigé par le lundi 31 décembre 2018 à 10h27 dans Anthologie permanente | Lien permanent Voyage Et B008biprro Daim CouleurVert Bijoux TailleU En Cuir hdCxQtrBso| Commentaires (0)

Balises: danse, La Lettre Volée, Marc Banchet, proses fantasmatiques, valses & enterrements

vendredi 21 décembre 2018

(Anthologie permanente) Claude Minière, Un enfant joue

 

Claude Minière publie
Un enfant joue
aux éditions Tarabuste.

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LA NUIT

Bien avant Mallarmé, un mathématicien génial, Blaise Pascal, s'est penché sur le hasard et sur le « coup de dés ». Il écrivait : « Pensée échappée, je la voulais écrire. Je l'écris au lieu qu'elle m'est échappée ». Il jette sur le papier sa pensée en un coup de dés pour découvrir ce qu'elle produit. Voici bien l'indispensable jeu et enjeu de l'écrit : est-ce que la pensée échappe ? Est-ce que la pensée libre vient en s'échappant ?
Pascal est à relire non par goût antiquaire, mais, dans notre époque où les écrivains sont tellement sûrs de leurs effets, pour l'ouverture active qu'il pratique du hasard, pour la curiosité qu'il en a, la surprise et l'enseignement qu'il en attend et qu'il accueille. Au lieu. Il affronte un adversaire téméraire, contestataire.

&

Comment lit-on, comment abordons-nous un auteur, comment sommes-nous à son égard disposés ? Issues pour une part de la culture universitaire les classifications philosophe, savant, écrivain, poète, peuvent jeter un voile. Ainsi : qui lit Blaise Pascal en poète, produisant des « fusées », mettant en jeu sur le papier la « validité » d'une formulation lancée comme une sonde ? Isidore Ducasse l'a fait dans ses Poésies (il y a vu des proverbes). Francis Ponge, trop cartésien vraisembla­blement, l'a raté.

La sœur de Blaise, dans La Vie de M. Pascal, racontait : « Un jour, quelqu'un ayant à table sans y penser frappé un plat de faïence avec un couteau, il prit garde que cela rendait un grand son, mais qu'aussitôt qu'on eut mis la main dessus cela s'arrêta. » Ecrivant, Pascal ne vise pas à arrêter le son, il attend une réponse, ou au moins une résonance. Rien d'un discours, l'expectative. Ceux qui aiment la poésie comme roulement de dés liront Blaise Pascal à nouveau(x) frais.

« Hasard donne les pensées, et hasard les ôte... Pensée échappée, je la voulais écrire : j'écris au lieu qu'elle m'est échappée »
(Pensées, 459) « J'écris au lieu » peut s'entendre comme « je remplace la perte par l'écriture » mais aussi comme ce que l'écrit « donne lieu » aux pensées. Pascal, pourrait-on dire, joue le hasard contre le hasard. Et il pense souvent sans dessein : « Dans ses grandes veilles il lui vint une nuit dans l'esprit, sans dessein, quelque pensée sur la proposition de la roulette. Cette pensée étant suivie d'une autre, et celle-là d'une autre, enfin une multitude de pensées » (La Vie de M Pascal).

L'écrivain jette ses notes sur les feuilles qu'il pliera et découpera ensuite pour les composer. S'il parle du Christ, il note « afin qu'on ne prit point l'avènement pour les effets du hasard, il fallait que cela fût prédit ». Le hasard est un grand perturbateur, à la fois négatif et positif, Blaise ira jusqu'à parler de la témérité du hasard. Par comparaison le fameux pari est bien plus raisonnable.

 « Quiconque n'ayant plus que huit jours à vivre ne trouvera pas que le parti est de croire que tout cela n'est pas un coup du hasard ? » (p.358).

&

 « Depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ
                                               Minuit et demi
                                                                Feu »

Le « Mémorial » capte la fulgurance notée d'étonnement, de béatitude et d'effroi. On approche, on brûle. Pascal a eu un mot, le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie, auquel il faut prêter l'oreille : « 

effraie » n'a rien de pathétique, il est le terme choisi pour dire la traversée du silence (éternel). Vous voyez Blaise griffer le papier, entouré des liasses « suspendues, selon l'usage de l'époque, à deux fils horizontaux » (Philippe Sellier). Il passe les obstacles, coup sur coup repris, relancés, infinis de part et d'autre. Il cherche la mise en scène exacte. Il a déclaré « Quand on lit trop vite ou trop doucement on n'entend rien ». Question de respiration, il connaît la flamme et l'air : « La flamme ne subsiste point sans l'air. Donc pour connaître l'un il faut connaître l'autre. » (p.230). Les répétitions ne lui font pas peur.

Les Pensées sont un laboratoire d'expérimentations rythmiques : versets, blancs, dialogues impromptus, variations, motifs, renversements, canons inversés, départs de sentences suspendues que le lecteur devra par lui-même prolonger. Dirons-nous prolonger comme un poème, « jusqu'à un point dernier qui le sacre » (Mallarmé) ? Dans les dernières années de sa vie, Pascal écrit dans la fièvre, dans la hâte, dans le feu. Sa sœur confiera encore : « Il nous a dit quelquefois que depuis l'âge de dix-huit ans il n'avait pas passé un jour sans douleur ». Il écrit vite et « sans soins », ce ne sont pas les répétitions qui vont lui faire peur, l'important est que la pensée n'échappe point, là sur le lieu du moment.

Après sa mort on trouvera des « liasses », difficiles à ordonner, on leur attribuera le titre de « Pensées », elles sont les fragments d'un compte total en formation. Etienne Périer, l'un des tout premiers éditeurs de ces « Pensées », dira que « tout cela était si imparfait et si mal écrit qu'on a eu toutes les peines du monde à les déchiffrer ». Toutes les peines du monde est une exagération sentimentale que jamais un poète ne se serait autorisée.

Claude Minière, Un enfant joue, Tarabuste, 2018, 92 p, 12€, pp.43 à 46

Claude Minière dans Poezibao :
fiche de lecture de Perfection (+ présentation de Traité du Scandale), Hymne (par P. Drogi), ext. 1, note sur la création : 1Active Camel Droit Jean HommeB073sdkzg9 Camel IY29WDEeHb, 2, 3, ext. 2, feuilleton Cahier AA, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, ext. 3, [revue Sur Zone] #15, "Quand" de Claude Minière, (revue Sur Zone), n° 23, Claude Minière, « Un calendrier des mois », (note de lecture) Claude Minière, "Le divertissement (notes à l’arrivée)" par Brigitte Donat, (Carte Blanche) à Claude Minière : "Lire Melville (avec Mallarmé)", (note de lecture) Claude Minière, "Le divertissement (notes à l’arrivée)", par Antoine Emaz, (notes sur la création) Claude Minière, (anthologie permanente) Claude Minière, (Carte blanche) à Claude Minière : "Lecture de vacances", Dossier en hommage à Yves Bonnefoy, (Carte blanche) à Claude Minière : "Lecture de vacances", 2, (Carte blanche) à Claude Minière : "Logique de Claudel", (revue Sur Zone), n° 32, "Logiques de Melville", de Claude Minière, (Carte blanche) à Claude Minière : "Tous des drogués", (Carte blanche) à Claude Minière : "Logique de Lautréamont", (Carte blanche) à Claude Minière : Dante, par Danièle Robert, (Carte blanche) à Claude Minière : "un nouveau monde", (Carte blanche) à Claude Minière : "le poème comme théâtre de la cruauté", (Carte blanche) à Claude Minière : "la littérature falbala", (Chantier de poème) "Marée montante" de Claude Minière, état A, (Chantier de poème) "Marée montante" de Claude Minière, état B, (Archive sonore) Claude Minière, (Chantier de poème) "Marée montante" de Claude Minière, état C, (Carte blanche) à Claude Minière : "Les Cahiers de Tinbad" et James Joyce, (Carte blanche) à Claude Minière : "Centre" de Philippe Sollers, (Chantier de poème) Claude Minière invite à un jeu /1, (Carte blanche) à Claude Minière : "Des bénédictions particulières", (Note de lecture), Claude Minière, "Encore cent ans pour Melville", par Guillaume Basquin, (Carte blanche) à Claude Minière : "Relire Charles Olson", (Carte blanche) à Claude Minière : "Pourquoi la Chine"T Pour Appliques By Lumineux George Hommes St Rouge Logo Duffer MGUjSzpLqV, (Anthologie permanente) Claude Minière, "Météo des plages", (Note de lecture), Claude Minière, Encore cent ans pour Melville, par Frédéric Valabrègue, (Carte blanche) à Claude Minière, autour d'une anthologie de la poésie de Pascal Boulanger, (Carte blanche) à Claude Minière, Bartleby / barter, (Carte blanche) à Claude Minière, "Des enchaînements différents", (Entretien) avec Claude Minière, par Christian Tarting, (Carte blanche) à Claude Minière, "Orwell, hors du mal"


Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 21 décembre 2018 à 10h11 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)

Balises: Claude Minière, coup de dés, hasard, Pascal, Pensées de Blaise Pascal, Un enfant joue, éditions Tarabuste

mercredi 19 décembre 2018

(Anthologie permanente) Pierre Vinclair, Sans adresse

 

Pierre Vinclair publie Sans adresse aux éditions Lurlure. C’est un recueil de sonnets écrits durant les derniers mois que l’auteur a passés à Shangaï.Après sept ans à l’étranger, le temps se fait long, l’auteur s’ennuie des siens ; en même temps la métropole chinoise continue de changer sous ses yeux, offrant un visage toujours renouvelé. Dans une double filiation, Les Regrets de Joachim du Bellay et les Tableaux parisiens de Baudelaire – le livre aurait pu s’appeler Regrets shangaïens. Le Cuir Semelle Faible Aa11718 Ali Doux Talon Bateau Rond Sur Glissement Bout Appartements Paresseux Mocassins 16298246 Occasionnels Femmes Chaussures Dames Pn0kwO
Ce sont en fait des lettres adressées, offertes à ses filles, à des amis, des parents, des collègues. Il y raconte sa vie sans fard et sans posture : le livre est un recueil de doutes et de joies, de peines, d’ennuis mais aussi d’illuminations, d’idées loufoques, d’interrogations politiques ou esthétiques.
Le livre sera en librairie le 5 janvier. (Prière d’insérer de l’éditeur).
Il faut noter aussi que le livre comporte une section qui est une sorte de joute en sonnets entre Pierre Vinclair et Laurent Albarracin.


(42)
Je traduis du Shijing un long poème — ventre
vide, gorge irritée et poumons pleins de gaz :
un nuage (légère grappe aux mille fesses)
lâche sur l'avenue quelques vesses toxiques;

puis je marche jusqu'à rare, un banc, où j'avale
un sandwich de Dodu blanc de poulet-mayo
pendant qu'au casque dégoulinent les propos
de suspects candidats à la présidentielle.

Je vais boire un café à la boulangerie.
Au milieu des poupées offertes à l'ennui,
encombrées de désir inutile, je songe

que le poème est comme une couette : il protège
le fragile giron abandonné. Traduire,
se faufiler, c'est jouir — dans la muse d'un autre.


(43)
Je traverse la ville au milieu des sonates
de Beethoven — fin du vacarme. Les moteurs,
les cris ont disparu. Je suis devenu sourd
au-dehors, seul avec la musique au-dedans.

Seul, ou te regardant dans ton salon, Manu,
penché sur le laqué noir, étal, du piano
s'éveillant, rugissant, jument sous tes experts
chatouillis — c'est l'opus 106, Mens Mesdames De B077z3j354 Cuir Couple En Gants Froncé Half Fing Noir Gbt Mode Yf76ybg"Hammerklavier"?

Je suis en train de l'écouter. On est déçu,
presque, à l'idée qu'un tel mouvement ait des règles,
réponde à une partition — à du solfège !

On se croirait plutôt en haut d'un précipice
où, de sa pointe infime, un affect libre trace
aux nuées les contours virevoltants de l'être.


(51)
Dans les campagnes, bleues comme des hématomes,
les touffes d'agnelets écrasés, poussant leur
part d'effroi, ou de haine, ou de joie — pauvres gens —,
élèvent en prière un bêlement ignoble.

Le chômage, la mort de Dieu, Dieu, la Finance,
mes frères, sauriez-vous d'où provient leur souffrance?
Quelque chose étourdit la France, endolorie,
qui s'en va, roulant sur elle-même, à l'abîme.

"Qui pleure ainsi ?", s'enquiert Iesus Triumphator
à l'avant de son char, dans son habit moulant
aux deux modernités bien visibles, de faune
À Loisir39 Eastpack CmNoirmix Sac Tordi Dos CheckB01gg5tnpk iPXkZu
par les nymphes chéri, célébrant le Spectacle
en Marché, — "qui ne jouit pas, qui pleure au concours
des suçons ? Je vous aime ! (Accélérons le pas)".


(60)
J'arpente dans Shanghai pour la dernière fois
les chemins engorgés de marchands de machins;
je salue les façades noircies, décrépites,
des maisons — je sais bien que leurs jours sont comptés

par l'administrateur autant que mes syllabes :
il préfère construire un immeuble idéal
que perdre son regard dans les rues inondées
de poussière inutile et de soupirs fétides.

Et moi je ne dis pas, d'orgueil, que le réel
me gifle de son fouet radieux ou me percute
comme un clavier d'orgue d'église où Dieu vient jouer

en même temps toutes les notes — non. Je souffle
doucement dans mon instrument bouché les pouëts
d'un air d'adieu reconnaissant et amusé.

Pierre Vinclair, Sans adresse, Lurlure, 2018, 136 p., 16€, en librairie le 5 janvier 2019.

Pierre Vinclair dans Poezibao :
extraits 1, Barbares (par J. Segura), Barbares (par F. Trocmé), un entretien (par Florence Trocmé), autour d’un fragment du Kojiki, entretien] avec Pierre Vinclair (par Matthieu Gosztola), 5/5 avec PDF de l’intégralité de l’entretien, ext. 1, ext. 2, "Une nouvelle célébration. Portrait(s) de Chongqing", par Guillaume Condello, feuilleton Terre inculte (sur the waste Land de TS Eliot) : 0 & 1, 2, Voyage Et B008biprro Daim CouleurVert Bijoux TailleU En Cuir hdCxQtrBso3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25,  26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, (Anthologie permanente) Pierre Vinclair, "Le Cours des choses", (Note de lecture) Pierre Vinclair, "Le Cours des choses", par Gérard Cartier, (Notes sur la création) Pierre Vinclair, "Le Chamane et les phénomènes", (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #1, "Départ du Kim Seng Bridge", (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #2, "Robertson Quay", (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #3, "Clarke Quay", (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #4, "National Library", (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #5, "Pulau Saïgon", (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #6, "Boat Quay", (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #7, "Fullerton Hôtel", (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #8, "Marina Bay", (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #9, "Marina Barrage", (Note de lecture), le Cours des choses, de Pierre Vinclair, par Julien Boutonnier, (Feuilleton) Bumboat, de Pierre Vinclair et Claire Tching, #10, "Mount Faber",

Rédigé par Florence TrocméSynthetique Pieds Noir SandalesNu HommeDockers HommeDockers Noir Synthetique Pieds HommeDockers SandalesNu UVMpSzGq le mercredi 19 décembre 2018 à 10h11 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)

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Balises: Baudelaire, Chine, Du Bellay, lettres, Pierre Vinclair, Shangaï, sonnet

lundi 17 décembre 2018

(Anthologie permanente) Anne-Marie Soulier

 

Les lecteurs de Poezibao connaissent le travail d’Anne-Marie Soulier, traductrice du norvégien et notamment de la poète Hanne Bramnes.
Mais Anne-Marie Soulier est aussi écrivain et poète.
Dans la dernière livraison de la Revue Alsacienne de Littérature, on peut trouver une belle séquence de notes dont voici quelques extraits.





DES REINS TOUJOURS PRÊTS À L'ESSOR

Come again, sweet love doth now invite
Thy graces that refrain to do me due delight
To see, to hear, to touch, to kiss, to die
With thee again in sweetest sympathy


           

Voir, entendre, toucher, poser ses lèvres, et puis mourir. Correspondance(s)Gatwick NoirBordeaux 1835666 Caoutchouc So Size Woqoxkv Cuir nwOXN8kP0 : chez H. B., dès ses vingt ans, cette juste intuition de rapports secrets entre les sens, les gens, les langues, les arts entre eux.
Intuition du lien entre toutes choses, du mystère qui parfois se fait jour, éclat d'une déchirure dans l'opacité de l'ordinaire, comme les « révélations » de Katherine Mansfield.
La lumière change à ces instants, irise brièvement le passage fugitif du petit dieu Kairos aux reins toujours prêts à l'essor.


Les pensées du balcon, avec leurs petits nez froncés et leurs oreilles d'Alsaciennes.
Leurs couleurs. Le velours de leur peau. Leur odeur d'eau de violettes, comme un flacon retrouvé dans une vieille armoire. Et ce nom mystérieux découvert au jardin d'une enfance allemande, Stiefmütterchen : à quoi pensent-elles donc, les marâtres jalouses des contes populaires ?

Eleanor Rigby des Beatles : qu'est-ce qui relie Eleanor Rigby, morte dans l'église de ses noces, et le Père MacKenzie occupé à écrire un sermon que nul n'écoutera ? sinon un regard de hasard sur la même solitude, « All those lonely people... », hachée menu par le rythme du violoncelle.

Bleu grec : c'est une couleur.
Je photographie à perdre haleine le bleu de la mer, ce bleu-là, inoubliable, inoublié, partout, sur la mer, le long des ports, depuis les ruelles sous leurs dais de bougainvillées violentes, ce bleu revient, bleu Thalassa franchi par les Grecs, les Siciliens et les Corses qui abordaient pour cueillir le corail au nord de la côte africaine.
Personne pour interrompre mes retrouvailles secrètes.


Le troisième concerto de Beethoven : à la fin du premier mouvement, juste après la cadence et ses touffeurs un peu kitsch, les timbales ramènent tout à un battement de cœur, et le piano sort de l'ombre peu à peu — « comes out », comme un dissident qui avoue sa dissidence. Enfin, enfin la délivrance, et l'orchestre ne couvre plus, il accompagne (bien peu de pianistes savent résister à l'appel de la revanche, et ne pas cogner à ce moment-là), il accompagne et approuve l'irrépressible appel.


Un jus d'orange frais sous les platanes de l'un des bars du quai.
Le bleu des nappes sur les tables, bleu des volets et du balcon de la mairie toute blanche entr'aperçue d'ici.


Chine : les triporteurs qui hantent ma rue espèrent dès potron-minet les clients qui auraient de vieilles choses à envoyer à la décharge. De loin, leurs cris ressemblent à s'y méprendre à ceux du petit peuple des faubourgs d'antan, vitriers, rémouleurs, marchands de peaux de lapin... comme si tous les chiffonniers du monde chantaient d'une même voix les mêmes mélopées.


En rentrant du musée viking de Bygdøy, retrouvé le port d'Oslo livré au chaos des marathons incessants du jour.
Seuls trois Kényans (ou peut-être Éthiopiens car plutôt petits et fluets), semblaient encore voler sur l'asphalte, reprenant à peine appui de la pointe des pieds, et les gens riaient de les voir, riaient de bonheur, car il y avait quelque chose de rassurant et d'heureux à voir passer ces foulées intactes parmi les essoufflés.


J'aime me savoir la trace de deux corps, et de milliers de corps avant eux, l'écho de milliers de voix qui avant moi ont vibré en « vieux » français, « vieil » allemand, latin haut et bas, suédois même, si ça s'est trouvé pendant les Trente Ans d'horreurs encore vives par ici.
Ce qui me parle, ce qui m'écrit est teinté de cela même que je ne sais pas, bien plus que des langues que j'ai apprises, acquises, langues vives plutôt que mortes, dont la curiosité m'est venue peut-être de cet héritage obscur de voix cent fois perdues, reprises, abandonnées à la mémoire.


Et fidèle au poste, attendant et attentif, un homme tendait une pancarte au-dessus des têtes : Heia Tove ! Vas-y, Tove, t'es la meilleure ! Tove n'arrivait pas, la pancarte attendait, les derniers épuisés passaient mais aucun n'était Tove, il y avait quelque chose d'admirable dans la patience de l'amant-aimant cherchant à l'aspirer vers la ligne d'arrivée.


Écrire, traduire, c'est tenter encore de pacifier cette histoire, chausser mes godillots les gros souliers usés, déformés, de van Gogh et me mettre en route sans coquille ni bâton vers une Compostelle sans Espagne mais qui sait ?


On ne s'ennuie jamais avec sa peine, la porte grande ouverte sur le Styx intérieur. Regarder l'étang noir et y lancer des mots pour voir jusqu'où ils vont, ce qu'ils deviennent, ce qu'ils y font.
Nourrir l'eau avec des syllabes : zurück – zurück –zurück
Des canards traversent l'écho.
Les nénuphars ont voilé le miroir.
Présence des oiseaux de dialogues et d’ailes.
Saule solide en son miroir.

(...)

Anne- Marie Soulier, in Revue Alsacienne de Littérature, Elsässische Literaturzeitschrift, n° 130, 2ème semestre 2018, pp. 38 à 40.

Anne-Marie Soulier dans Poezibao :
→ Autour d’Hanne Bramnes :
(Entretien) entre Anne-Marie Soulier et Isabelle Baladine Howald, autour de la poète norvégienne Hanne BramnesVelours Baisse Pulls Rond Im Avant Top Logo Col Coton Casual Ali Couleurs Automne 53611791 Épaule Imprimer Sweat Gallian Trois Femme mwN08nvO,
(Anthologie permanente) Hanne Bramnes, Le Poids de la lumière,
→ Autour d’Olav H. Hauge :
(anthologie permanente) Anne-Marie Soulier et Olav H. Hauge,
→Autour d’Øyvind Rimbereid :  
bio-bibliographie, ext. 1
→ et
Carte blanche à Anne-Marie Soulier :  il n’y a pas de langues étrangères

Rédigé par Florence Trocmé le lundi 17 décembre 2018 à 10h38 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)

Balises: Anne-Marie Soulier, Hanne Bramnes. , Revue Alsacienne de Littérature

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vendredi 14 décembre 2018

(Anthologie permanente) Dylan Thomas, "Au bois lacté"

 

Dans son livre, Saisir, quatre aventures galloises, (1) Jean-Christophe Bailly consacre un de ses chapitres à la figure de Dylan Thomas. Il met particulièrement l’accent sur une de ses œuvres, un poème radiophonique, Under Milk Wood, daté de 1953 et traduit en français par Au bois lacté. Il existe en effet une version en français de ce long poème, une traduction ou adaptation de Jacques B. Brunius publiée par L’Avant-Scène Théâtre. Car ce texte a fait l’objet de plusieurs représentations théâtrales, ce qui peut être considéré comme un contre-sens. Ce n’est pas une pièce de théâtre, c’est un saisissant et puissant concert de voix écrit pour la radio. Lisons à ce sujet Jean-Christophe Bailly : « Le fait de donner des corps réels aux voix d’une pièce pour voix voulue comme telle ne peut aller qu’à l’encontre de tout ce que Under milk Wood inaugure sans l’instituer, et qui est une précision d’attaque sonore apte à libérer en chaque auditeur quantité d’images qu’une figuration ne peut capter. » (2)
Poezibao donne ici les premières pages du livre, dans la traduction de Jacques B. Brunius et propose de les lire en écoutant le début de la mise en voix, en version originale, avec Richard Burton en narrateur. On pourra aussi trouver le lien vers le texte anglais et ici même, le tout début du texte en langue originale.

PREMIÈRE VOIX : (très doucement) Pour commencer par le commencement : c'est nuit de printemps sans lune dans le petit bourg, sans étoiles et noir de bible, dans les rues aux pavés ronds, silencieuses, et dans le bois bossu, bois des amoureux et des lapins, qui boitille imperceptiblement jusqu'à la mer noir prunelle, lente, noire, noir corbeau, agitée de bateaux de pêche. Les maisons sont aveugles comme des taupes (encore que les taupes voient très clair cette nuit dans le velours reniflant des vallons), aveugles comme l'aveugle Captain Cat, là, au centre assourdi de la ville, près de la pompe et de l'horloge municipale, où les boutiques sont endeuillées et la salle des fêtes en voile de veuve. Et tous les habitants du bourg apaisé et appesanti dorment pour l'instant.
Chut ! Les bébés dorment, les fermiers, les pêcheurs, les marchands et les retraités, le cordonnier, l'instituteur, le facteur et l'aubergiste, l'entrepreneur de pompes funèbres et la femme de peu, l'ivrogne, la couturière, le prédicateur, l'agent de police, les marchandes de coques aux pieds palmés et les épouses soigneuses. Les jeunes filles gisent, mollement alitées, ou glissent dans leurs rêves, avec anneaux et trousseaux, suivies de vers luisants pour demoiselles d'honneur, dans les bas-côtés du bois résonnant d'orgues. Les garçons font des rêves méchants, rêvent de ruades dans les ranches de la nuit, et de mers de pirates. Et les chevaux, statues d'anthracite, dorment dans les prés, et les vaches dans les étables et les chiens aux nez humides dans les cours ; et les chats somnolent dans les coins obliques, ou bondissent en tapinois, se faufilant en éclair sur le nuage unique des toits. Tu peux entendre la rosée tomber, et respirer la ville silencieuse. Seuls tes yeux sont ouverts pour contempler le bourg obscur et replié, profondément endormi, ralenti. Tu es seul à entendre l'invisible pluie d'étoiles, et à l'heure plus noire qui précède l'aube, l'effleurement infime de rosée sur la mer noire, pleine de carrelets, où C Basses Geox FemmeB07j24nmg5 Theragon D Baskets OPuTikXlwZL'Aréthuse, Le Courlis et L'Alouette, Le Zanzibar, Le Riannan, L'Écumeur, Le Cormoran et L'Étoile galloise tanguent et roulent. Écoute. C'est la nuit qui bouge dans les rues, la lente musique processionnelle de la brise salée dans la rue du Couronnement et dans la ruelle aux Coques, c'est l'herbe qui pousse sur la colline de Llareggub, la chute de rosée, la pluie d'étoiles, le sommeil des oiseaux dans le bois lacté.
Écoute ! C'est la nuit dans la chapelle transie, trapue, où l'on cantique en bonnet, broche, et noir bombasin, en carcan-papillon et petit-noeud-lacet-de-soulier, toussant comme des biques, suçant des menthes, halleluyant sur les deux oreilles — c'est la nuit dans l'estaminet, aussi muette qu'un domino —, la nuit comme une souris chaussée de mitaines dans les greniers d'Ocky Laitier — volant comme farine noire dans le fournil de Daï Miche. C'est, dans la rue de l'Âne, le trot silencieux de cette nuit aux sabots étouffés d'algues, sur les pavés ronds et les coquilles, passant devant les rideaux tirés sur un pot de fougère, tirés sur la Citation de l'Écriture et les babioles, l'harmonium, le dressoir-reposoir, les aquarelles faites à la main, le chien de porcelaine et la boîte à thé en fer blanc peinte de roses. C'est la nuit trottinant comme un bourricot parmi les chambres douillettes de bébés. Regarde ! C'est la nuit qui se déploie sans mot dire, royalement, sous les cerisiers de la rue du Couronnement —, la nuit qui, toutes brises gantées et carguées, toute rosée écopée, traverse le cimetière de Bethesda, la nuit qui culbute devant le cabaret À l'Écusson
de la Marine. Le temps passe.
Écoute. Le temps passe. Rapproche-toi. Tu es seul à pouvoir entendre le sommeil des maisons, dans les rues, dans la nuit lente profonde salée et noire de silence, la nuit en bandelettes. Toi seul peux voir dans les chambres aveuglées de jalousies, les combinaisons-culottes et les jupons sur les chaises, les brocs et cuvettes, les verres à dentiers, le énième commandement au mur, et les portraits jaunissants des morts attendant le petit oiseau qui va sortir. Toi seul peux entendre et voir, derrière les yeux des dormeurs, les mouvements et les pays et les labyrinthes et les couleurs et les consternations et les arcs-en-ciel et les airs de chansons et les désirs et les envolées et les chutes et les désespoirs et les mers immenses de leurs songes. D'où tu es, tu peux entendre leurs rêves. Captain Cat, le capitaine au long cours en retraite, aveugle, endormi sur sa couchette dans la meilleure cabine de sa villa La Goélette, impeccable, ornée de coquillages et de bateaux
en bouteilles, rêve...
(...)
Dylan Thomas, Au bois lacté, texte français de Jacques B. Brunius, coll. quatre-vents, L'Avant Scène Théâtre, 2013, 11€, pp. 21 à 24.


To begin at the beginning:
It is spring, moonless night in the small town, starless and bible-black, the cobblestreets silent and the hunched, courters’-and-rabbits’ wood limping invisible down to the sloeblack, slow, black, crowblack, fishingboatbobbing sea. The houses are blind as moles (though moles see fine to-night in the snouting, velvet dingles) or blind as Captain Cat there in the muffled middle by the pump and the town clock, the shops in mourning, the Welfare Hall in widows’ weeds. And all the people of the lulled and dumbfound town are sleeping now.
Hush, the babies are sleeping, the farmers, the fishers, the tradesmen and pensioners, cobbler, schoolteacher, postman and publican, the undertaker and the fancy woman, drunkard, dressmaker, preacher, policeman, the webfoot cocklewomen and the tidy wives. Young girls lie bedded soft or glide in their dreams, with rings and trousseaux, bridesmaided by glowworms down the aisles of the organplaying wood. The boys are dreaming wicked or of the bucking ranches of the night and the jollyrodgered sea. And the anthracite statues of the horses sleep in the fields, and the cows in the byres, and the dogs in the wetnosed yards; and the cats nap in the slant corners or lope sly, streaking and needling, on the one cloud of the roofs.
You can hear the dew falling, and the hushed town breathing. Only your eyes are unclosed to see the black and folded town fast, and slow, asleep. And you alone can hear the invisible starfall, the darkest-beforedawn minutely dewgrazed stir of the black, dab-filled sea where the Arethusa, the Curlew and the Skylark, Zanzibar, Rhiannon, the Rover, the Cormorant, and the Star of Wales tilt and ride.
Listen. It is night moving in the streets, the processional salt slow musical wind in Coronation Street and Cockle Row, it is the grass growing on Llaregyb Hill, dewfall, starfall, the sleep of birds in Milk Wood.
(lire la suite en cliquant sur ce lien)

Ecouter cette pièce radiophonique, en cliquant sur ce lien.

Pour en savoir plus sur Dylan Thomas (1914-1953), voir cette fiche Wikipédia.

1. On peut lire des notes prises en lisant ce livre dans le dernier FlotoirStreetwear Long Coupe Vêtements vent Survêtement Lâche À 2018 Capuchon Hommes Graffiti Automne Lettre Queue D'aronde De Tranchée Hop Ali Imprimer 39665273 Manteau Hip bf6gyY7 de Florence Trocmé.
2. Jean-Christophe Bailly, Saisir, quatre aventures galloises, Seuil, 2018, p. 166. On peut appliquer cette remarque à toute pièce ou poème radiophoniques.

Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 14 décembre 2018 à 10h44 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)

Balises: Au bois lacté, Dylan Thomas, Jean-Christophe Bailly, L'Avant-Scène Théâtre, Pays de Galles, poésie anglaise, Richard Burton, Under Milk Wood

mercredi 12 décembre 2018

(Anthologie permanente) Thomas Kling, "Appareil. Vision. Nocturne"

 

Les éditions Unes publient un nouveau livre (1) du poète allemand Thomas Kling, Appareil. Vision. Nocturne. Dans une traduction d’Aurélien Galateau.


I
CHANT POPULAIRE SOUS ATTELLE

de photos. coeurs larmoyants,
ne sauraient être arrachés. clap's
(ou clapp's) favorite, rouille de noms.
Voyage Et B008biprro Daim CouleurVert Bijoux TailleU En Cuir hdCxQtrBsodans les poires, un étirement figé
dans les poires beurré bosc, la queue
doit rester, beurré hardi, beurré
gris, enfance comblée de photo‑
graphies, moustiquestiquestiques.
peigne de (sainte) hildegarde qui est
passé par (soupçon d'antisémitisme)
la houppe du jardin ; des jardins consonnes
constrictives et aspirées. ressemelant
dans une odeur de buanderie, un voisin,
dont la mémoire, soi-disant mé‑
moire familiale, un nazi vraiment
gentil,
est allée jusqu'aux orteils
glacés de son aïeul paumé, chair
à glaçon de napoléon — russie, 1812.
couronne en fer du cueilleur, bruissant
dans le feuillage du poirier, la queue
doit rester (« tonton ! », « bon, mais la
guerre finie on a pas tardé à revoter Voyage Et B008biprro Daim CouleurVert Bijoux TailleU En Cuir hdCxQtrBsoSPD »),
tonton. le name-dropping ne s'appelait pas encore
name-dropping, le rhin ne s'appelait pas beresina,
la bette s'appelait poirée à carde et la reinette étoilée
s'appelait reinette étoilée, et c'était une pomme ;
oublie ça.


2
FOUILLE D'URGENCE

les diseurs diseurs de chants populaires
laissent tomber tomber, avec leurs rottweilers
des maisons en miniature de leurs bouches.
bouches dorées d'octobre vin de rigueur. ouverte
la nahe, le rhin sur l'affluent ouvert ; em-
bouchure bout des prunelliers, l'hiver, qui
se tiennent dans le vent comme si quelque chose
décollait : espace linguistique survolé, visé,
auquel, attribuée, l'ombre, toute l'ombre
radiographiée appartient. espaces linguistiques
déchirés, vieilles gravures botaniques ;
fouilles d'urgence avec précaution tourner
pages tournées par le vent. À HAUTEUR DU QUARANT-
IÈME ÉTAGE/RADEAU ROBUSTE LE COURANT/JUSTE
LA CROUPE DES MONTAGNES EN FACE/RÉCIF HÉRISSÉ/
CONGLOMÉRATS. avant que ne se forment comme à
partir d'ici les gorges du rhin des images des visions
des gorges du rhin. rien qu'un seul château en
toc autant que l'oeil
puisse jauger.


3
MONT DE SAINT-ROCH ET SON CHIEN

rouille d'image. clôture toutes dents dehors.
une bobine de fil, émail d'avant-guerre,
que la rouille rouille d'image fera
également descendre du mur du mur
à côté du pavot des champs noirceur
oculaire. langue en série langue en
accéléré du chien. LES PAROIS ROCHEUSES
GRISES ET AUSTÈRES/LE MARTEAU DE GÉOLOGUE
DE GOETHE ÉTAIT ICl/MARTEAU DE GÉOLOGUE DE
GOETHE TROUVAIT ÇA TRÈS INTÉRESSANT/
COMME LE MONDE/BLAIREAU EN SANG/
ÉTAIT CONVOYÉ/ET LE VIN PAR TONNE‑
AUX la tête étendue. petits pains entre
les dents du chien ; jambe malade
dénudée. doigt qui désigne le flanc
blessé, la peste. vigneron doigt du
vigneron qui dévoile le vignoble
la langue du vignoble.


4
BÛCHES ENCORDÉES

à la rencontre de la vigie :
flottant, un container qui
descend le styx.           flots
dévidés de la tasse à traire les
langues ; pélican, frottant son bec,
qui se perce la poitrine, sur sa couvée
(à flots) LE FLOT EST DE GENRE FÉMININ
DANS LA LANGUE DES FLOTTEURS. donc
voix flûtée des commandos de nourrices : « ça
va derrière », « ça dégage », « à brûler », « la
laissez pas tomber ! » et ainsi de suite.
flottés
commandos de nourrices sur des lits estompés
au mieux encore chuchotés ; coiffe et main
d'infirmière portant la tasse tasse à bec au
trou mort (flotte) ; cette langue désinvolte
des flotteurs, chant insistant qui couvre les
pélicans : « grands clous en fonte », ça flatte,
« fûts en billots !, chignole à pignon ! » container
linguistique qui traverse la chambre mortuaire LA LANGUE
DU FLOTTAGE/GÉNÉRIQUE EXPIRANT/NE PEUT TOUJOURS PAS
ÊTRE COMPTÉE PARMI LES CLASSIQUES
(...)

Thomas Kling, Appareil. Vision. Nocturne, traduit de l’allemand par Aurélien Galateau, préface de Laurent Cassagnau, 96 p. 17€, pp. 67 à 70. (sur le site de l’éditeur)

Déjà parus Manhattan Espace Buccal et Echange longue distance.

Thomas Kling dans Poezibao :
bio-bibliographie, ext 1, (anthologie permanente) Thomas Kling, "traces de grattoirs et de racloirs, des choses interrompues."

Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 12 décembre 2018 à 10h33 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)

Balises: Allemagne, Aurélien Galateau, Editions Unes, Laurent Cassagnau, Nahe, poésie allemande, Rhin, Thomas Kling

lundi 10 décembre 2018

(Anthologie permanente) Lambert Schlechter, "Les parasols de Jaurès"

 




En lien avec une note de lecture de
Les parasols de Jaurès de Lambert Schlechter
par Jean-Pascal Dubost,
ces quatre extraits du livre :


28.
Jours de glandouille, d'insouciance, d'euphorie, jours funèbres, la mort présente sans interruption, absence à jamais de l'ami, cela fait onze jours, cendres éparpillées, je n'irai jamais devant  sa tombe, mes molécules à moi harmonisent encore, pure  mécanique, s'accrochent l'une à l'autre, sans se crisper, et dans les rues soleilleuses le spectacle ininterrompu de la tendre féminine beauté, ces belles jeunes passantes, je les regarde sans impatience, avec désireuse sérénité, elles me dilatent le coeur sans me gonfler le sexe — petite reine devait venir un jour ou deux, mais ne vient pas, otage là-bas de ses mâles enfants, on aurait eu des moments de tendresse & de douceur, proximité de son corps, je la toucherais sans la menacer, sans revendiquer de la posséder, on aurait été amoureusement ensemble — c'est dimanche matin, à neuf heures, la plupart des terrasses sont encore désertes, puis je trouve à m'installer au Café des Arts, sous un angle de soleil, trois éboueurs en combinaison vert fluor prennent leur café, lisent Midi libre, hier soir match de rugby Montpellier-Perpignan, pendant des heures j'ai étudié la question de la rédaction du Coran, la mythique intervention de l'ange Gabriel, j'ai toujours l'enthousiasme de l'étude, l'envie de comprendre, le besoin de clarifier, exercer la réflexion, méditer, registrer et mettre en ordre des bribes de savoir — puis placer sur la page mes bribes de phrases, clarifications, n'être passagèrement pas dupe, avant de tomber tête première dans la trappe...

21 septembre 2008, Montpellier


39.
Féerique aurore, chaque matin, depuis dix jours, émerveillement d'année en année, de jour en jour plus ardent, émerveillement devant la beauté du monde, la douce véhémente déchirante beauté de tout ce qui est, encore un jour, encore un jour, et tout cela je l'emmagasine, thésaurise, mais y touchant à peine, toujours en tangence, conscience de plus en plus aiguë que j'existe à peine, oui, insoutenable légèreté, immense gratitude, précarité de tout instant — pendant deux jours promenades dans Florence, les rues, les places, les passants, la vie qui grouille, tous ces gens dont je ne sais rien, dont je ne connais ni les pensées ni les bonheurs ni les soucis ni les souffrances, je suis allé à Florence avec ma soeur accueillir ma fille qui arrive le matin de Provence avec l'autobus de nuit, incommensu-rable bonheur de la serrer dans mes bras, nous serons ensemble quelques jours, — visitons le cloître San Marco, « Jugement dernier » de Fra Angelico, i dannati e i beati... ite maledicti in ignem eternum [« allez maudits dans le feu éternel »], un des damnés est tellement désespéré qu'il se mord l'avant-bras jusqu'au sang, puis au premier étage du cloître la grande fresque de « L'Annonciation », ineffable douceur — les peintres, encore et encore, racontent, récitent, évoquent, font voir cette pathétique et repoussante religion, la beauté pendant des siècles était contrainte à s'incarner dans les thèmes de cette maladive malsaine foi.

10 octobre 2008, Sole


57.
Choses du jour, just to say, quand le matin j'ouvre les volets intérieurs des deux hautes fenêtres, volets pliés en deux par des charnières au milieu, et dehors c'est le soleil, chose à mentionner spécialement, puisque c'est plein décembre, et dans le pays du Nord d'où je viens il n'y a pas de soleil le matin ni pendant la journée, et c'est pour ça que je suis descendu si loin de chez moi dans le Sud, où le matin on se réveille avec le soleil, qui est l'astre qui donne du chaud et de la lumière, au-dessus de moi, sur une étagère, une tige de lilas qui sentent très fort, et sur une autre étagère, dans un vase élancé au col étroit, une pâle pivoine, chez ma fille où j'habite pour quelques jours, il y a toujours des fleurs, dans le grand lit rouge de sa chambre elle continue à dormir, pendant qu'en peignoir je me prépare le café, il me faut le matin très vite après mon lever cet exquis liquide noir, que je sirote pendant que je trace les premiers jambages dans mon cahier des jours, ma page journalière avec les infimes événements de ma vie sans événements, genre je prends le train de Paris à treize heures huit, après avoir mangé dans le hall de la gare une brioche au thon, avant chaque voyage à Paris dix ou quinze fois par an, je prends le temps de manger ma brioche, c'est un des principaux événements de la journée, puis à Paris, trajet en taxi de la gare de l'Est à la gare de Lyon, encore un événement.

19 décembre 2008, Montpellier


60.
Disques et cassettes, par centaines alignés sur les planches ; muettement, ici c'est silence, je n'écoute plus de musique, presque plus, presque jamais, j'aime & cultive le silence, il pèse mais apaise aussi, je suis tout le temps, inconsciemment, à l'affût, ne pas être surpris, entendre à temps si jamais quelqu'un s'approche, frappe ou sonne à ma porte, cela n'arrive que très rarement, quand ça sonne, c'est le facteur, avec des livres ou une signature pour une lettre recommandée, quand ça sonne c'est le gamin de la femme de ménage qui vient voir la chatte, deux ou trois fois par semaine il entre et monte à l'étage, à la recherche de l'animal qui somnole dans une des chambres, après un quart d'heure il redescend, dit à bientôt et s'en va, quand ça sonne c'est la petite Norya qui vient avec son père ou sa mère, elle a deux ans, toute gracieuse & espiègle, elle adore explorer mon logis, court d'une pièce à l'autre, s'empare des stylos qui traînent partout, me demande de lui dessiner un bébé chat, – tout le reste du temps je suis seul dans ma grande maison, seul et muet et silencieux, je lis, étudie, écris, de temps en temps je monte à ma chambre, m'allonger, somnoler, avant de glisser dans la somnolence, je suis assailli par les souvenirs, presque chaque fois le spectre de l'autre maison, je me promène à travers les pièces, me souviens de notre vie, dix années abîmées effondrées détruites dissoutes, a heap of broken images...

30 décembre 2008


Lambert Schlechter, Les Parasols de Jaurès, « Le Murmure du monde / 8 », Tirage spécial et limité, signé de l’auteur, Editions Guy Binsfield, 170 p., 28€

Lambert Schlechter dans Poezibao :
ext. 1, L’Envers de tous les endroits (par JP Dubost), La Pivoine de Cervantès et autres proseries, (par JP Dubost), ext. 2, "Enculer la camarde" et "Fracas des nuages", par Jean-Pascal Dubost, (note de lecture) Lambert Schlechter, "Inévitables bifurcations", par Jean-Pascal Dubost, (Note de lecture) Lambert Schlechter : "Monsieur Pinget saisit le râteau et traverse le potager", par Mathieu Jung, (Note de lecture) Lambert Schlechter : "Monsieur Pinget saisit le râteau et traverse le potager", par Jean-Pascal Dubost, (Note de lecture) Lambert Schlechter, "Une mite sous la semelle du Titien", par Claude Minière, (Note de lecture) Lambert Schlechter, "Une mite sous la semelle du Titien", par Claude Minière, (Brèves de lecture) Alexis Pelletier, Lambert Schlechter, Marie-Hélène Archambeaud et Michel Dugué, par Jean-Pascal Dubost


Rédigé par Florence Trocmé le lundi 10 décembre 2018 à 10h05 dans Anthologie permanente

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Balises: Editions Guy Binsfield, Jean-Pascal Dubost, Lambert Schlechter, Les parasols de Jean Jaurès

vendredi 07 décembre 2018

(Anthologie permanente) Gellu Naum, "Athanor", extraits, traductions inédites de Jean-René Lassalle

 

Une nouvelle proposition de traduction de Jean-René Lassalle,
des poèmes d’Athanor du poète roumain Gellu Naum,
traduits en croisant l'original roumain
et la traduction allemande des poèmes par Oskar Pastior.






Le mur

J’avais un mur
devant mes yeux je le mis, il m’aveugla
mon oreille j’y apposai, j’en devins sourd
je m’appuyai contre lui, il m’épuisa

si je lui tendais la main il me frappait
si je tentais de le dépasser il m’humiliait

il était grand mauve et rectangulaire
un grand mur mauve rectangulaire
avec une unique fenêtre rectangulaire

ses entrailles exigeaient
l’écho des dents broyées par les mots

Source : Gellu Naum : Athanor, Bucarest 1968. Traduit par Jean-René Lassalle en croisant l’original roumain avec la traduction allemande d’Oskar Pastior.


Zidul

Aveam un zid
îl puneam în faţa ochilor şi mă orbea
îmi lipeam urechea de el şi mă asurzea
mă rezemam de el şi mă istovea

dacă întindeam mîna mă lovea
dacă încercam să trec mă umilea

era mare mov şi dreptunghiular
un zid mare mov şi dreptunghiular
cu o singură fereastră dreptunghiulară

sîmburii lui solicitau
ecoul dinţilor striviţi de cuvinte

Source : Gellu Naum : Athanor, Bucarest 1968.

/

Exactitude de l’ombre

Chaque bouche bourgeonnait de feuilles suivant l’orbite d’un soleil dont le bruissement pouvait dans tous les cas être entendu distinctement.
Au commencement fut l’attente du dé. À travers les points des yeux, sous les erreurs de la brume et les escaliers sans début, fulguraient nos effigies intégrales.
Nous ignorions encore dans quel os il avait été sculpté mais sentions une parenté et acceptions le roulement carré de ce frère brutal et apaisant.

Source : Gellu Naum : Athanor, Bucarest 1968. Traduit par Jean-René Lassalle en croisant l’original roumain avec la traduction allemande d’Oskar Pastior.


Exactitatea umbrei

Fiecare gură înfrunzea după crugul unui soare ale cărui foşnete, în orice caz, se auzeau distinct.
La pornire, aştepta zarul. În ochii lui, printre falii de ceaţă şi scări fără început, fulgerau efígiile noastre totale.
Noi nu ştiam încă din ce os fusese croit, dar simţeam înrudirea şi acceptam rostogolirea pătrată a fratelui acestuia brutal şi liniştitor.

Source : Gellu Naum : Athanor, Bucarest 1968.

/

Personne ne savait rien d’elle
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Personne ne savait rien d’elle
lorsqu’elle dormait dans une boîte en carton

Tout dans la chambre était chaulé   Le vieux
papé-feu balbutiait pour lui-même
soleil et lune erraient maussades sous les poutres
sur la table reposait une racine de raifort
en raison de la faim blanche des parois
tout était tranquille   Les mots
traversaient les pierres comme les chaussettes

Alors je me glissai près d’elle dans la boîte en carton
sur sept tiges de paille
sur ses eaux verticales
me couchant en moi dans ma carcasse d’os
me couchant dans mes haches et mes coings
et partout ainsi dans le septième ciel
Elle m’aima et s’endormit en elle
dormit en moi dans sa boîte en carton

Il faisait un peu froid aussi papé-feu
nous enveloppa dans son balbutiement

Source : Gellu Naum : Athanor, Bucarest 1968. Traduit par Jean-René Lassalle en croisant l’original roumain avec la traduction allemande d’Oskar Pastior.


Nimeni n-o ştia

Nimeni n-o ştia
pe când dormea în cutia ei de carton

În cameră totul era dat cu var   Bătrânul
bunicul-foc bâiguia undeva
soarele şi luna treceau mohorâţi pe sub grinzi
pusesem pe masă un hrean
pentru foamea albă a pereţilor
totul era liniştit   Cuvintele
intraseră în pietre şi în ciorapi

Atunci m-am culcat lângă ea în cutia ei de carton
pe şapte fire de paie
pe apele ei verticale
m-am culcat în mine în oasele mele
m-am culcat în topoarele şi în gutuile mele
în pretutindeni în al şaptelea tron
Ea mă iubea şi dormea în ea
dormea în mine în cutia ei de carton

Era cam frig şi bunicul-foc
ne-a învelit în bâiguielile lui

Source : Gellu Naum : Athanor, Bucarest 1968.

Choix et traductions inédites de Jean-René Lassalle, décembre 2018


Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 07 décembre 2018 à 15h16 dans Anthologie permanente | Lien permanent | Commentaires (0)

Balises: Athanor, Gellu Naum, Jean-René Lassalle, Oskar Pastior, poésie roumaine, surréalisme

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